Le docteur Damien Monnot quitte l'OM après une seule saison. Retour sur une cascade de blessures qui a plombé les ambitions marseillaises en 2025-2026.
C'est un départ discret, mais lourd de sens. Le docteur Damien Monnot, médecin de l'Olympique de Marseille depuis l'été 2025, quittera le club à l'issue de la saison. Un accord a été trouvé entre les deux parties, révèle La Provence. Ce départ intervient au terme d'une saison 2025-2026 particulièrement éprouvante sur le plan physique, avec une cascade de blessures qui a régulièrement décimé le groupe phocéen et pesé lourd sur le classement final : une 5e place à 59 points, loin des ambitions initiales.
Le Dr Monnot part après une seule saison : le poste maudit ?
Selon les informations du quotidien régional La Provence, le départ de Damien Monnot se fait d'un commun accord et pour des raisons personnelles. Le club précise qu'il n'est lié ni à des tensions internes ni à une réorganisation sportive décidée par la direction.
Mais le contexte interpelle. Monnot était arrivé à l'été 2025 en provenance du LOSC pour succéder à Kamel Mjid — lui-même n'ayant exercé qu'une seule saison à la Commanderie. Deux médecins, deux passages d'un an. Le poste de médecin principal de l'OM semble être devenu l'un des plus instables du football français.
Sa mission à Marseille était claire : stabiliser le suivi médical d'un effectif régulièrement fragilisé. Mission qui, au regard du bilan physique de la saison, s'est révélée particulièrement difficile à accomplir.
Une infirmerie permanente : le bilan accablant
La saison 2025-2026 restera dans les annales de l'OM comme l'une des plus éprouvantes physiquement. Dès la pré-saison, les alertes se sont multipliées. Facundo Medina, recruté pour solidifier la défense, s'est blessé à la cheville à l'entraînement avant même d'avoir disputé un match officiel, manquant les premiers rendez-vous de Ligue 1.
Hamed Junior Traoré a vécu la saison la plus cruelle. Prêté par Bournemouth avec option d'achat levée malgré sa blessure initiale aux adducteurs, l'ailier ivoirien a manqué de longues semaines, tenté un retour en deuxième partie de saison, avant de rechuter au même endroit face à Nantes. Un gâchis sportif et financier.
Amine Gouiri a connu un exercice chaotique. D'abord blessé à l'épaule lors d'un rassemblement avec l'Algérie — nécessitant une opération —, l'attaquant a ensuite rechuté en fin de saison, notamment après la défaite à Lorient (2-0), réduisant à néant les options offensives d'Habib Beye.
Geoffrey Kondogbia a longtemps été immobilisé par une blessure au quadriceps gauche. En avril, l'OM publiait encore un communiqué médical le concernant, confirmant la poursuite de sa rééducation. Un joueur qui devait être un cadre du milieu est devenu fantomatique.
Nayef Aguerd, après avoir disputé la CAN avec le Maroc, est rentré à Marseille pour être opéré. Sa rééducation s'est poursuivie jusqu'en fin de saison, privant De Zerbi puis Beye d'un défenseur central sur lequel le projet sportif avait été construit.
D'autres noms ont gonflé la liste : Bilal Nadir, Timothy Weah (cuisse, après le déplacement à Lens), Ruben Blanco, Igor Paixão (blessé en fin de saison), CJ Egan-Riley. À certaines périodes, le groupe disponible pour l'entraînement tenait sur les doigts d'une main.
L'impact sur le terrain : une saison brisée
Le lien entre l'hécatombe physique et les résultats est direct. Roberto De Zerbi, contraint de bricoler semaine après semaine avec un groupe décimé, n'a jamais pu imposer sa philosophie de jeu de manière continue. L'entraîneur italien, dont le projet exigeait une intensité et une automatisation précises, s'est retrouvé à improviser des compositions d'équipe que la logique sportive n'aurait jamais dictées.
Le résultat : une 5e place en Ligue 1 avec 59 points, à 11 unités du RC Lens (2e) et 2 seulement de l'OL (4e). Une qualification européenne décrochée, certes, mais très loin des ambitions affichées en début de saison.
Mason Greenwood, l'un des rares à avoir tenu la durée, a porté l'attaque marseillaise sur ses épaules : 16 buts en championnat, 3e meilleur buteur de Ligue 1 derrière Lepaul (21) et Panichelli (16). Sa disponibilité constante a été l'exception qui confirme la règle dans un effectif en souffrance permanente.
Deux entraîneurs en une saison : le chaos amplifié
Les blessures n'ont pas été le seul facteur de déstabilisation. Le changement d'entraîneur en cours de saison — Roberto De Zerbi cédant sa place à Habib Beye — a ajouté une couche de complexité au travail du staff médical et de préparation physique.
Un changement de staff technique implique souvent une révision des méthodes d'entraînement, des intensités de séance, des protocoles de récupération. Dans un effectif déjà fragilisé, ces transitions peuvent aggraver le risque de blessures musculaires. C'est un facteur que la direction devra intégrer dans sa réflexion pour construire un staff plus stable la saison prochaine.
Un problème structurel à résoudre avant tout
Le départ de Damien Monnot n'est peut-être que la partie émergée de l'iceberg. Ce qui se pose à l'OM est une question plus profonde : comment construire une cellule médicale et de performance stable, capable de s'inscrire dans la durée et d'anticiper les blessures plutôt que de les subir ?
Plusieurs clubs de premier plan ont investi massivement dans ce domaine — Liverpool a longtemps été cité en exemple pour son approche data-driven de la prévention des blessures. L'OM, avec ses ambitions affichées de retrouver l'élite européenne, ne peut pas se permettre de traiter la préparation physique comme une variable d'ajustement.
Les prochaines semaines diront si le club envisage une réorganisation profonde de sa cellule médicale, ou si le départ de Monnot restera un simple changement de personnel. La réponse de la direction sera un indicateur fort de ses ambitions réelles pour la saison 2026-2027.
Ce qu'on attend pour la suite
Habib Beye, confirmé sur le banc pour la prochaine saison, devra composer avec une intersaison complexe. Le mercato estival sera scruté de près, mais le travail en amont — recrutement d'un nouveau médecin, révision des protocoles de préparation physique, Coupe du monde 2026 qui risque de priver le club de plusieurs internationaux — sera tout aussi décisif.
La prochaine saison débute dans moins de trois mois. L'OM n'a pas de temps à perdre.
Ce qu'on retient
Le départ du docteur Damien Monnot, deuxième médecin de l'OM à ne rester qu'une seule saison consécutivement, est le symbole d'une année 2025-2026 ravagée par les blessures. Traoré, Gouiri, Kondogbia, Aguerd, Medina, Weah, Paixão… la liste des absences a directement pesé sur la capacité de l'équipe à jouer à son niveau. Au-delà de ce départ individuel, c'est la structure médicale et la cellule de préparation physique de l'OM qui doivent être repensées en profondeur avant la reprise.
Combien de matchs perdus à cause des blessures ?
Pour mesurer concrètement l'impact de cette hécatombe, quelques chiffres éloquents. Sur les 34 journées de Ligue 1, l'OM a rarement pu aligner un effectif complet. Selon les estimations de plusieurs observateurs, le club phocéen aurait perdu l'équivalent de plus de 80 matchs-joueurs sur la saison en raison de blessures — un chiffre qui le place parmi les équipes les plus touchées de Ligue 1.
En comparaison, les clubs qui ont terminé devant eux — Monaco (champion), RC Lens (2e), OGC Nice (3e) — ont tous bénéficié d'une stabilité physique nettement supérieure sur les périodes décisives. Ce n'est pas un hasard : dans le football moderne, la disponibilité des joueurs est l'une des variables les plus corrélées aux performances.
La piste du recrutement médical cet été
Dans les prochains jours, l'OM devra annoncer le nom du successeur de Damien Monnot. Et ce recrutement sera scruté de près par les supporters et les observateurs. L'erreur à ne pas commettre : recruter un simple remplaçant sans repenser l'ensemble du projet médical.
Certains clubs ont opté pour des profils hybrides, à la croisée de la médecine du sport et de la science de la performance : des médecins capables non seulement de traiter les blessures, mais aussi de travailler en amont avec les préparateurs physiques pour en réduire le risque. C'est cette approche préventive, coûteuse mais rentable, que les dirigeants marseillais devront sérieusement envisager s'ils veulent que la saison prochaine soit différente.